Janvier 26: Klein Constantia et son Vin de Constance

« Je préfère au constance, à l’opium, au nuits, L’élixir de ta bouche où l’amour se pavane; Quand vers toi mes désirs partent en caravane, Tes yeux sont la citerne où boivent mes ennuis. » Charles Baudelaire

C’est par ces vers de Baudelaire  comparant les charmes de l’être aimé aux plaisirs de la nuit et du vin de Constance que nous débuterons ce premier article de 2026 #bonneannée ! Jeudi 8 janvier, c’est reparti pour les abonné-e-s du club Red Red Wine avec la fin du cycle sud-africain entamé en septembre dernier. Et pour terminer en beauté, direction Klein Constantia à Cape Town.

Vins de Klein Constantia goûtés

Cap classique B2B2020
Sauvignon Blanc2023
Metis Sauvignon Blanc2020
Estate Red2022
Anwilka2017
Vin de Constance2019

Vin de Constance 2019

Quelques mots de Manuel Peyrondet, Meilleur Sommelier de France 2008, M.O.F. 2011, pour Chais d’œuvre :

« Quand je pense à Klein Constantia, je ne pense pas à un simple liquoreux, mais plutôt à un poème d’Afrique du Sud, une légende dorée qui traverse les siècles, les palais, en provoquant le silence autant que l’émerveillement. 

C’est un vin à goûter au moins une fois dans sa vie. Le vin de Constance, c’est un monument sud-africain, l’équivalent d’un Yquem, mais avec sa propre voix : un muscat passerillé, à la fois solaire, fin et ultra digeste. Zestes d’agrumes, fruits secs, fleurs… Tout s’enchaîne avec une fluidité folle !  Aucun gras, juste de l’équilibre et de la tension.

Je ne compte plus les soirées [Chais d’œuvre] où j’ai servi ce nectar qui fait systématiquement chavirer les cœurs. Et certains convives sont restés figés, alors qu’ils disaient ne pas aimer les liquoreux. La légende dit que Napoléon en buvait tous les jours en exil. Baudelaire le citait dans ses poèmes. Les têtes couronnées de toute l’Europe le réclamaient. Et aujourd’hui, ce vin né de muscat à petits grains, cueilli en surmaturité sur les hauteurs du Cap, continue de faire rêver. Imaginez un vignoble caressé par les brises océaniques, des grappes sélectionnées grain par grain, une vinification millimétrée, et un élevage patiemment mené dans le respect du temps. »

Et sur le millésime 2019 en particulier, voici son commentaire (en comparaison du 2020) : « Dans le 2020, on retrouve un millésime plus complexe, que le domaine considère comme une forme d’aboutissement. Rendements faibles, vendanges longues et aérées : le résultat est d’une pureté magistrale. Mangue fraîche, abricot sec, écorce de mandarine, fleur d’oranger… Le nez est encore plus captivant que le 2022. En bouche, la densité (160 g/l de sucre !) est portée par une acidité d’école. C’est rond, c’est vif, c’est irrésistible. Et surtout, ce n’est jamais lourd. 2019 joue dans la même cour que le 2020 : plus solaire, plus confit, il évoque l’orange amère, la marmelade et une petite tension finale d’une grande noblesse. Il est sans doute plus accessible que 2020 aujourd’hui, avec un supplément de sensualité.« 

La galerie photos !

Le poème « Sed non satiata » de Baudelaire

Sed non satiata

Bizarre déité, brune comme les nuits,
Au parfum mélangé de musc et de havane,
Oeuvre de quelque obi, le Faust de la savane,
Sorcière au flanc d’ébène, enfant des noirs minuits,

Je préfère au constance, à l’opium, au nuits,
L’élixir de ta bouche où l’amour se pavane;
Quand vers toi mes désirs partent en caravane,
Tes yeux sont la citerne où boivent mes ennuis.

Par ces deux grands yeux noirs, soupiraux de ton âme,
Ô démon sans pitié! verse-moi moins de flamme;
Je ne suis pas le Styx pour t’embrasser neuf fois,

Hélas! et je ne puis, Mégère libertine,
Pour briser ton courage et te mettre aux abois,
Dans l’enfer de ton lit devenir Proserpine!

— Charles Baudelaire dans Les Fleurs du Mal (1857)

Le cycle de dégustation de vins d’Afrique du Sud